Au passage(r)

Pour une  première visite au sujet de la maladie de Devic, je vous invite à commencer par le début et de remonter les articles dans ce chapitre car cette partie du blog est conçue sur le mode du roman. (Ce sera plus compréhensible)

Dimanche 12 juillet 2009 7 12 /07 /2009 06:35

 Et cela faisait plus d'une heure que je tournais dans le lit avant de finalement me lever, agacée.

Il y a des périodes où je ne dors pas. Bien que cela me fatigue au plus haut point, je constate malheureusement que quand je suis préoccupée, je ne dors pas.   Il est évident que mes levers à pipi urgents en pleine nuit ne facilitent pas le sommeil surtout quand le quotidien est en phase de changement. Je me demande souvent comment je tiens ensuite la journée.

Avant la maladie et les traitements permanents, j'ai passé des années à ne dormir que 5h en nuit entrecoupée parce que j'étais seule face à la multitude des tâches quotidiennes, entre le travail, le garçon petit dormeur, la difficulté à joindre les deux bouts matériellement, les études et/ ou la recherche d'un emploi, d'un logement, de tel ou tel appareil ménager ou mobilier, des affaires judiciaires interminables, des questionnements relationnels flous, l'attitude d'autres incapables d'être au clair avec moi (et ça, ça m'a minée à un point que je ne saurais décrire !)... Bref, j'en ai fait des nuits trop courtes et non reposantes.  Avec le recul et la psychanalyse, j'en suis arrivée à me dire que la virulence de la maladie  n'a été que le reflet du ras-le- bol généralisé qui habitait et mon corps et mon inconscient. A force de se croire tout- puissant, mon mental a complètement court- circuité mon organisme et le cri toujours ignoré m'a clouée sur place : « Maintenant, tu ne te préoccupes plus de l'extérieur, tu t'assois, tu regardes à l'intérieur et tu réfléchis en conscience ! » Ben oui ma vieille, autant tu croyais tout contrôler, autant la baffe a été violente. Lâcher prise total par la force des événements et le refus du corps à répondre à mes ordres.

J'ai donc fait le grand ménage interne ; inévitablement, les répercussions portent sur l'externe. Si certaines blessures inflammées (comme peuvent l'être ma moelle épinière et mes nerfs optiques, ben oui) semblent s'être apaisées, je suis en plein bouleversement. Ma recherche de logement adapté m'a confrontée à la dure réalité de l'incompréhension et de la faiblesse sociale en raison d'un choix de vie humain et non financier.  Certains choix que je pensais porteurs d'avenir sont devenus des boulets, je chemine également sur la voie du deuil vis-à- vis de certains rêves du passé. Evidement, je me sens bien à l'intérieur comme je n'en ai pas souvenir ; évidement, j'ai confiance en la vie ; évidement je vis au jour le jour acceptant les circonstances et nourrissant mon être à la source...

Alors, pourquoi maintenant je ne dors pas ?


Vessie capricieuse s'exprime quotidiennement, elle me rappelle constamment à l'ordre bien que je ne sache pas systématiquement ce qu'elle exprime ; d'ailleurs, il lui arrive de ne parler de rien.  Le traitement de fond lui- même provoque des impériosités, une atteinte médullaire a inévitablement des répercussions sur le système urinaire très complexe et sensible. Je suis vernie.

L'urgence voire l'imminence d'un déménagement occupe mes pensées parce que je remballe tout un pan de ma vie, je trie et range désormais sur le plan matériel. Des projets inaboutis, avortés me reviennent en pleine figure et ce n'est pas anodin.

Vivre en permanence dans un décor obsolète avec certains qui refusent, nient et fuient les changements opérés en mon interne n'est  aisé pour aucun.

En pleine phase de reconstruction après une monumentale tempête, je tourne une page avec les deuils que cela nécessite.


En écrivant cette dernière phrase, une pensée me traverse l'esprit :

Après la nuit, l'aube pointe les premières lumières du jour et c'est à ces heures entre deux que je ne dors pas.


Si mon corps a quelque chose à dire, n'est- ce pas parce qu'il est désormais en symbiose avec l'univers ?  Comme ma vue qui revient lentement permettant  l'élargissement de mon champs de vision et des possibles, je crois avoir compris là ce qu'il se joue.


La vie est trop parfaite pour nous remplir de contrariétés, ce nom ne voile que ce foutu mental qui cherche à tout contrôler. Accepter que ce non- sommeil est en fait à l'image du ici et maintenant. Accepter qu'une nouvelle page s'ouvre à moi dans l'écriture de mon être. Lâcher prise. Forcément, logiquement. Face à de telles évidences vertigineuses, il me semble normal d'être anxieuse. Accomplir un tel chemin, tout bouleverser, c'est loin d'être une voie tranquille et confortable. Je ne veux pas gâcher la tâche effectuée d'autant qu'il reste une longue route à parcourir et je ne suis qu'un être humain. Accepter aussi mes peurs, mes doutes, ces travers du passé qui désormais connus et contenus n'en finissent pourtant pas de faire partie de moi.  


Il est maintenant 6h passées, je ne dors pas. Plus de deux heures  de trou dans le sommeil. Je retournerai au lit tout à l'heure avec l'espoir de rattraper ce manque physique. J'ai du pain sur la planche pour la journée, des trucs qui trainent et me préoccupent outre mesure, il est plus que temps de m'y atteler. Petit à petit, lentement, j'avance.


Le hasard n'existe pas, nous sommes acteurs de nos vies, le tout est d'arriver à ouvrir nos yeux sur soi- même afin de ne pas rester prisonniers de schémas inconscients malsains. Nous ne cessons jamais d'apprendre, je suis en phase d'acceptation de mes faiblesses, de mon humanité. J'en ai fini avec le mythe de la toute puissance.  


Tiens, j'ai faim.

Publié dans : Dévidoir et règlements de contes.
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