Au passage(r)

Pour une  première visite au sujet de la maladie de Devic, je vous invite à commencer par le début et de remonter les articles dans ce chapitre car cette partie du blog est conçue sur le mode du roman. (Ce sera plus compréhensible)

Vendredi 23 octobre 2009 5 23 /10 /2009 14:00

Ainsi donc, cet été 2009 balança entre nonchalance et balades.

Je savais que c’était une accalmie avant l’agitation de septembre car les événements se préparaient en souterrain.

 

La rentrée au travail était en marche, loin de moi, par son cours naturel.

Je me préparai à la reprise des cours de Qi Gong.

J’attendais la série des séances de réentrainement à l’effort à l’hôpital pour six semaines avec la joie d’y retrouver Valérie et la possibilité d’y revoir les camarades des dernières années en hôpital.

Depuis plusieurs semaines, j’emballais mes affaires sans savoir véritablement où j’allais ; la quête d’un appartement était en marche depuis plus d’un an et demi (je reparlerai de ces aventures dans un autre article, cela vaut le détour) , je sentais que les limites étaient atteintes, certains deuils s’étaient faits lentement, les derniers liens chimériques s’étiolaient.

Dans le lâcher prise intégré en moi- même, je me laissai porter par les circonstances, cheminement intérieurement loin du mental et des tourments, des peurs.

 

Il y eut des visites d’appartements, seule, rebondissant incessamment sur les sempiternelles incompréhensions jusqu’à ce que quelques mots d’une assistante sociale fissent écho en mon intuition : cet organisme- là avait signé une convention avec la MDPH (maison départementale des personnes handicapées) et était sensibilisé à la problématique du handicap. Quand je pus visiter l’appartement pour la première fois après moult tractations avec la mère du locataire (et oui, des intermédiaires, des intermédiaires !), j’y allais confiante.

A l’arrivée, je fus enchantée par l’immense arbre planté devant les fenêtres et le banc posé à son ombre, allez- savoir pourquoi, ce fut en ce lieu que je me vis pour les prochains jours ensoleillés. Appartement de trois pièces, 67 m², caves et grenier, au rez-de-chaussée... trois marches à l’entrée, cinq pour accéder au palier, le plain- pied n’y était pas. A l’intérieur, un jeune couple avec des tout-petits, un flottement dans la décision, une colère récurrente contre cet organisme, l’envie de partir et de le contrarier.

Une grande cuisine, un petit salon, un long couloir, des placards immenses aménagés, une salle de bains praticable, des toilettes très grandes, deux chambres aux mesures raisonnables et surtout, un petit balcon par l’arrière où je pensai qu’il était possible d’y aménager une rampe si jamais… Du logement social qui n’y ressemble pas tout à fait avec des pièces posées intelligemment, du parquet et du carrelage au sol, quatre appartements par cage d’escalier, des espaces verts immenses, un alentour propre, accueillant, le calme et la liberté de planter sur les pelouses ses propres fleurs, de laisser son linge et son mobilier de jardin dehors sans craindre le vol.

Etait- ce parce que le soleil était vif ce jour- là ? Mes yeux ne virent que les dimensions et l’agencement des pièces, l’extérieur… aucunement la tâche de rénovation nécessaire pour rendre l’appartement vivant.

 

J’en visitai un autre quelques jours plus tard, ailleurs,  de plain- pied, plus grand et neuf avec une terrasse. Il était beau, ça oui, à quelques minutes du travail, plus cher aussi. Avec vue sur le parking et les garages ; je m’y vis déprimer peu à peu.

Des fuites incessantes liées à une énième infection urinaire me prirent étrangement sur les lieux, ma tête n’était nullement à cet appartement aux multiples aberrations : les chambres étaient trop petites, la porte des toilettes coincée par un lave-main mal placé, la vue close entre route et béton. Tous me rebutèrent.

 

Mon cœur balançait: l’un m’invitait à le rejoindre avec ses espaces verts ouverts et cet autre accessible cloisonné ; il est vrai que j’avais entendu parler d’une aide au déménagement si le logement était accessible. Que faire ?  

Et puis basta, je me décidai pour le premier ! À craindre de me retrouver en fauteuil sans cesse, n’était- ce pas le meilleur moyen d’y revenir effectivement ? Je mis toute l’équipe en branle et le premier septembre, envers et contre toute prévision, je fis l’état des lieux.

 

J’avais tant hâte de quitter l’autre maison que je ne réfléchissais pas, je ne me fiais qu’à mon instinct. A la veille de la rentrée du fiston dans son nouveau collège, nous nous y installâmes avec une table, quatre chaises, un futon, un micro-ondes pour tout ameublement. L’aventure était lancée dans un désordre incompréhensible pour tant d’autres ; il n’est pas de mon tempérament de choisir la facilité, le confort ou la sécurité quand je me sens emprisonnée, réprimée, restreinte et conditionnée.  Je fais partie de ces crétins qui prennent le risque d’être libres sans les barrières rassurantes et protectrices des vies enfermées.

Les dés étaient jetés.  

Publié dans : C'est la vie qui va
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