Au passage(r)

Pour une  première visite au sujet de la maladie de Devic, je vous invite à commencer par le début et de remonter les articles dans ce chapitre car cette partie du blog est conçue sur le mode du roman. (Ce sera plus compréhensible)

 

 

 


Jeudi 4 février 2010 4 04 /02 /2010 12:45

Dans mes jeunes années scolaires, je détestais courir. Je me suis planquée pendant les cours d’endurance, les cross souffrant quand je tentais d’en faire plus qu’à l’accoutumée. Autant je rêvais de danser, bouger en souplesse, autant j’ai été une vraie tire-au-flanc dans la course, de vitesse ou d’ endurance. Ces échecs répétés m’avaient poursuivie pendant des années après le bac et je restais avec cette insatisfaction, cette frustration non pour prouver quelque chose à quelqu’un mais pour me prouver que j’en étais capable.

Je n’étais pas pour autant inactive, je marchais beaucoup, en toute occasion, je me déplaçais à vélo, c’était naturel. Pendant 5 ans, j’ai habité au 5e étage sans ascenseur avec tout le barda et le garçon petit à porter, séance de step au moins biquotidienne. J’ai bataillé contre vents et marées seule dans des transports en tout genre souvent complètement irrationnels. Puis, je me mis à faire du roller. Le mouvement, la glisse m’intéressaient, les sensations internes me régalaient, pendant des heures et des kilomètres, doucement, à mon rythme. Vint ensuite la natation où j’alignais les longueurs doucement intensément. L’énergie folle de mon fiston me poussait quand la paresse me prenait sporadiquement et je l’ai entrainé dans des aventures physiques de tout poil. En grandissant, ses capacités grandissaient également et nous allions toujours plus loin. Je me mis donc naturellement à courir.

Avec l’aide de mon amie Sandrine, marathonienne de naissance, je commençai mon entrainement. En 2006, je battais tous mes records et me sentais bienheureuse d’avoir pu aller au-delà de mes rejets passés, je prenais plaisir à me dépenser physiquement, à évacuer le stress par ce biais. Au printemps, c’est par le sport que la maladie donna ses premiers signes. Perte de la course, perte de la marche, perte de la vue… Huit mois de fauteuil roulant, d’autres en béquilles, le réapprentissage de tous les mouvements du corps après l’alitement de plusieurs semaines, le rude combat pour s’asseoir, pour se lever, pour remarcher… Il me restait chevillé au corps le désir de pouvoir à nouveau courir… un rêve ?

 

J’en parlai à Solange lors de notre entrevue à l’été 2009, elle m’inscrit dans la foulée à des séances de réentrainement à l’effort avec ma copine Valérie. Super !

Démarrage fin août pour cinq semaines. A raison de deux séances hebdomadaires, nous nous retrouvions pour notre plus grand bonheur toutes les deux à se laisser diriger par l’équipe sans compter que je pouvais en profiter pour saluer mes anciens compagnons en ergo, kiné, au service, en adelo. Petit groupe de quatre, il y avait une bonne ambiance, chacun vaquant à ses tâches selon ses capacités. Première séance de test : je fus heureuse d’apprendre que j’étais presque dans les normes de valides. Waouh ! Au rythme de ma marche, l’encadrant me dit que je n’étais pas loin de la course. Je m’enthousiasmai, je me pris à espérer pouvoir courir au bout des six semaines.

Question souplesse, rien à redire ! J’étais Elastigirl du temps de ma rééducation, je constatai néanmoins que je pouvais l’améliorer, le corps étant en demande d’étirements. (Le grand écart n’est pas un problème pour moi. Avec un peu d’échauffement, je descends sans souci jusqu’au sol. Oui). Question endurance et muscles, c’est une autre paire de manches. Pas vraiment musclée avant la maladie, les mois d’immobilisme n’avaient rien arrangé... Encore qu’avec la mobilisation des bras en raison de mes incapacités motrices, j’avais remarqué qu’ils avaient pris du volume. La natation avait préparé le travail précédemment, dans mon dos également et ces efforts avaient été porteurs lors de mes paralysies. A approfondir. Mes jambes, mes fesses, elles, avaient fondues. Je garde en mémoire cette phrase d’Élodie : « Le corps a une mémoire. Si vous l’avez bien traité, il s’en souviendra. » C’était suffisant pour ne pas se laisser aller au fatalisme.

Les séances étaient partagées entre 20 minutes de vèlo (avec l’accent d’un des encadrants) et des exercices de renforcement musculaire.

 Je remarquai qu’avec la fatigue, ma vue se brouillait alors que le corps, lui, ne semblait pas l’exprimer musculairement sur le coup, mon équilibre n’était pas très stable en bout de séance et il m’arrivait de tituber légèrement vers le taxi ambulance. Je compris pareillement qu’il n’était pas raisonnable d’arriver avec deux ou trois heures de travaux de bricolage dans les pattes ; cela dépassait mes capacités.

Par contre, j’étais fofolle à essayer toutes ces machineries de salle de sport repérées quand je passais en fauteuil devant la salle, rêvant de pouvoir les utiliser un jour. Sans compter qu’à la moindre occasion, nous papotions et pouffions Valérie et moi. J’ai donc pédalé, marché sur le tapis, soulevé des poids avec les bras, les jambes, tiré sur les muscles assise, à la barre… C’était réconfortant d’autant qu’au bout des séances, les résultats étaient notoires… sauf que je ne me sens pas capable de courir. Ma vessie ne supporte pas le choc des foulées et mes jambes me semblent désorganisées par le mouvement. Sniff.

 

 Rapidement, Kévin, un camarade du groupe me surnomma Titi à cause de mon tee-shirt avec le petit oiseau narquois ; il aimait me retrouver et plaisanter avec moi qui ne suis pas en reste dans ce genre de débat. D’ailleurs, les encadrants apprirent rapidement à me connaître, mes péripéties originales, après les avoir déroutés, devinrent coutumières. Raphi qui passait me saluer à chaque séance souriait en coin, il me connaissait, lui. Nous en avons profité pour échanger ces petits mots, ces gestes, ces silences complices incroyablement riches. Solange est passée nous encourager tous avec son punch habituel.


Un plaisir.

J’ai véritablement passé des moments bénéfiques pendant que je déménageais et travaillais laborieusement dans l’appartement à rénover.

 

(Panel de mes aventures sportives pour le prochain article, il y a de quoi sourire.)

Publié dans : et la maladie de Devic
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