Au passage(r)

Pour une  première visite au sujet de la maladie de Devic, je vous invite à commencer par le début et de remonter les articles dans ce chapitre car cette partie du blog est conçue sur le mode du roman. (Ce sera plus compréhensible)

Dimanche 25 octobre 2009 7 25 /10 /2009 23:32
 

Ambiance musicale d'écriture:

 

 

 

Loin de l’image traditionnelle du déménagement, nous arrivâmes dans le nouveau logement contraints par la rentrée des classes. Nous n’avions que peu de fournitures et des vêtements pour la semaine, tout au plus. Pizza mangée sur pouce et premier dodo entre nos nouveaux murs.

 

Fiston fit son cheminement et je me retrouvai le lendemain seule dans le grand dénuement d’un chantier de rénovation avec mon corps fragilisé et mes petits bras pas musclés. La gestion quotidienne était complexe, sans réfrigérateur, sans gaz, sans mobilier, le strict minimum pour s’alimenter. Cela ne m’effraie pas, je suis habituée aux grands dénuements, par une vie de pauvre, par une vie de malade, par une vie d’handicapée ; le renoncement a pris déjà tant de visages dans ma petite existence.

 

Le premier jour me laissa dans un état émotionnel particulier, j’encaissais le coup du grand changement et je passai par des émotions variables, entre tristesse, colère, impuissance, révolte, panique de ne pas y arriver. Ai-je pleuré ? Je ne saurais le dire.   A nouveau, je puisai au creux de mon être des ressources insoupçonnées et je me lançai dans l’aventure. Cœur à l’ouvrage, pragmatisme, enthousiasme et la ferme volonté de vivre pleinement chaque instant.

Je commençai les travaux.

 

La consigne essentielle était que je restasse à l’écoute de mon corps ; un vertige, un malaise, une perte de connaissance et personne pour me ramasser ; je ne voulais pas de cette charge pour mon garçon. Aussi, je travaille à mon rythme rendant ma volonté incompréhensible aux maniaques de l’ordre et de la propreté ;  dussé-je prendre des mois pour y parvenir, l’essentiel est de m’inscrire dans ce territoire.

 

La cuisine n’est pas choquante en blanc, ses tuyaux, encadrements et plinthes en noir, des carreaux brun fumé typiques des années 80. Je décidai de la laisser telle quelle et de simplement l’habiller.



 

Le papier du salon n’est pas laid et la couleur des peintures claire, Etienne les aime et demanda à mettre sa chambre ici. La circulation et l’agencement de l’appartement ne s’y prêtent guère ; je négociai avec lui l’aménagement à son gout de la pièce que je lui destinais, il accepta. Il sait par expérience que sa mère est capable d’adapter et de trouver des solutions partout.

 Ce fut dans ce salon que j’installai notre futon sur le sol parce qu’il ne nécessitait pas de travaux urgents ; quand les autres pièces seront terminées, je m’y attellerai  afin de la mettre à mon goût. Dans quelques mois.

Pendant plusieurs jours, tout y traina entre les cartons, les vêtements, les affaires de classe, un vrai squat !

 


 

La salle de bains est bariolée dans des couleurs originales : les carreaux brun fumé et des murs en bleu ciel, des encadrements bleu marine. Le choix me parait douteux. Que faire ? Repeindre les murs ou les carreaux ? « Basta, j’y reviendrai plus tard, laissons mûrir les idées. »  Dans l’amusement, j’y ajoutai en prime les fuchsia du rideau de douche et du tapis en coton, autant aller au bout du délire finalement.


 

Des toilettes vanille fraise, expression qui amusa grandement fiston au point qu’il refuse d’en changer les couleurs. Tout le monde n’a pas la chance de rentrer dans une glace géante pour satisfaire ses besoins naturels !!



 

Une chambre jaune, l’autre bleue, un couloir gris, des placards verts. A y regarder de plus près, je réalisai qu’en ces lieux également la bariole avait été ardemment pratiquée par d’anciens locataires. Dans une grande ingéniosité, les portes, les plinthes, les caissons de volet avaient été enduits de peinture acrylique normalement appliquée sur les murs et non les surfaces lisses. Scrogneugneu, comment remettre en état ces éléments ? Un lessivage intensif avec au bout des eaux hyper polluées des résidus de peinture ? Poncer et provoquer une poussière fine et insidieuse ? Arggg



Les odeurs de tabac récurrentes dont souffrent les non-fumeurs que nous sommes me poussèrent à arracher les papiers du couloir, de la chambre jaune. Je pris mon temps pour y parvenir, soulevant les critiques de Stéphane qui ne comprenait pas mon obstination à vouloir tout faire en même temps alors qu’il y a déjà tant de travail par le simple déménagement.

« A choisir entre le tout en même temps sur les premiers mois et le peu à peu qui s’éternise sans fin, j’ai choisi la première solution ! Je ne veux pas me retrouver avec des travaux qui n’aboutissent jamais » Bec cloué, l’éternel projet jamais concrétisé, il connait parfaitement et je n’en veux pas CHEZ MOI.

Coup de pouce de 20 minutes d’Etienne : « Olala maman, c’est dur ! » et plus conséquent de Vince débarqué avec Delph qui m’accompagna à de menues tâches. 

 

Alors que ma sœur m’aidait aux vitres parce que j’étais trop fatiguée, je contemplai le plafond du couloir et ses lambris peints ; il était si jaunâtre !

- Peut être qu’un coup de peinture s’impose,  Qu’est- ce que tu en penses ? 

- Attends, me répondit- elle en partant quelques minutes ;

Elle revint avec un balai et une serpillère au bout. Elle souleva le tout et commença à briquer le plafond. Quand la serpillère redescendit, elle était toute brun- jaune

- Tu vois ça, c’est la suie du fumeur !

- Beuark !!!! Poussai-je avec horreur

Et à mon tour de lessiver cette foutue suie !  Il en fut quasiment transformé, léger soulagement.

 

Stéph m’aida à peindre le plafond de la chambre bleue et recouvrir ses murs en couleur dune, Yol et son fils me posèrent la moitié des lés dans la chambre jaune entièrement déshabillée par mes soins. Je ponçais, en haut, en bas, j’aspirais et nettoyais (Ces épisodes furent porteurs, je vous raconterai plus tard. )

 Une après midi, armée de ma ponceuse circulaire, je frottai avec opiniâtreté les portes des chambres, passant du bleu au jaune via le blanc. Quelle horreur que cette fumée qui envahit l’espace, les vêtements et entre dans les narines ou la gorge ! Je portais pourtant un masque et une blouse ; mes cheveux se collaient en multicolore et les poussières passèrent entre les élastiques insuffisamment serrés ; j’étais furieuse ! Comment peut- on laisser des amateurs gérer de telles cochonneries !

Et je peignai, en blanc, en blanc cassé de cette saloperie de peinture glycérophtalique !  L’organisme HLM est en lien avec une entreprise de peinture du coin et les peintures m’avaient été imposées. Non seulement ce fut une expédition folle que d’aller les chercher à 30 km quand un autre magasin est à cinq minutes, mais en plus, je n’avais le choix ni sur les couleurs ni sur la qualité! J’avais essayé de négocier le truc avec la vendeuse, elle n’en voulut rien entendre ; c’était inscrit celle-là et c’était à prendre ou à laisser. Je repartis donc dépitée et en colère avec ces trois seaux dont un à diluer au white spirit. Beuarrrrk ! Un peu de colorant dans le blanc pour le casser et armée d’un pinceau, je peignis en pestant sur les cov et les produits dangereux vendus en libre service ! Dire que dans trois mois, les glycéro seront interdites à la vente !! N’importe quoi.

Par chance, le temps était clément et nous avons vécu pendant plusieurs jours les fenêtres grand ouvertes en permanence.

 

Mes manies écologiques exaspérèrent quelques unes de mes aides parce qu’il était hors de question que les résidus fussent jetés dans les siphons. Le balcon se remplit de contenants variables emplis d’eaux souillées à la peinture acrylique ou de white-spirit usagé; l’expédition à la déchetterie s’imposera.

...


Je suis invalide COTOREP à plus de 80%  et reconnue travailleur handicapé.


Publié dans : Dévidoir et règlements de contes.
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