Au passage(r)

Pour une  première visite au sujet de la maladie de Devic, je vous invite à commencer par le début et de remonter les articles dans ce chapitre car cette partie du blog est conçue sur le mode du roman. (Ce sera plus compréhensible)

Mardi 17 novembre 2009 2 17 /11 /2009 22:22

Ce jour-là, en début d’après midi, comme promis, Rachel arriva avec ses soixante heures de travail dans les pattes ; elle était accompagnée de son fils ainé de 17 ans. Trainant à la maison suite à un licenciement d’apprentissage, il avait été tenté par le chantier de mon appartement.

 Il aime le bâtiment au point de vouloir en faire son métier. Pourtant, comme bien d’autres, il n’avait pu se soumettre à certaines attitudes qu’il jugeait abusives et autoritaires ; il avait répondu au patron et bloom, direct à la porte ! Leçon de vie mon petit.

Rachel se mit immédiatement à la tâche en continuant la pose du papier peint entamé par Yol et son fils, j’expliquai au jeune homme les projets et les tâches inventoriées.  Je remarquai qu’il avait l’œil affuté et des connaissances dans le domaine. Très rapidement, il fit des plans, demanda des conseils à son père au téléphone sur certains points et se lança dans l’aventure : il mastiqua les trous des murs, des portes.

Ces dernières étaient dans un état lamentable, la peinture mise dessus coûte plus cher que toutes les portes bas gamme qu’elles sont, c’est dire ! Vivent les HLM… Comme j’évoquai mon expérience du ponçage des premières portes et le dégoût qui me prenait à cette idée désormais, il prit la relève et s’arma de la ponceuse circulaire et d’un masque.  La même saloperie se souleva par la fenêtre, se glissa sous la porte et cette foutue poussière fine s’insinua partout. Beuark ! IL connut les variations de couleurs précédemment évoquées et je pestai contre les idiots qui avaient badigeonné les portes de peinture acrylique inadaptée à des surfaces lisses. Et ces foutus HLM qui me laissaient me démerder avec ce bourbier, ces portes cabossées, fissurées, sales et peinturlurées depuis trop longtemps ! D’ailleurs, aussi finement que nous travaillâmes avec les nouvelles peintures, certaines portes accrochèrent en se fermant n’entrant plus exactement dans le cadre du fait des couches et des couches de peinture.

 

Parallèlement à ses activités, il essaya d’entrainer Etienne dans le mouvement pour partager avec lui, entre jeunes. Je m’étonnai de la facilité avec laquelle mon garçon se laissa diriger sans broncher. Lui qui ne décrochait pas de ses écrans, ne contribuait pas aux travaux semblait prêt à travailler sous l’égide de ce grand ado. Malheureusement, il se retrouva les bras ballants sans directives réelles et replongea vite fait dans ses univers virtuels les oreilles complètement fermées à mes demandes aussi simples fussent-elles,. Il est des moments où j’ai des envies de meuuuuuuuuuuurtres !!!!!!

 

J’étais heureuse de ces aides plus que bienvenues ; seule, je pouvais le faire avec néanmoins une longueur de temps interminable que je ne me sentais pas l’envie de supporter.  Quand il se proposa pour venir toute la semaine suivante, je l’embrassai, il fut touché et je mesurai sa sincérité. S’il n’arrivait pas à tenir sa parole dans sa totalité- ce dont je me doutais car il parlait de m’aider à faire TOUT l’appartement- je ne comptais pas lui en tenir rigueur, sa générosité en cet instant me suffisait.

Le lundi matin suivant, il débarqua pour continuer ce que nous avions entamé. J’étais décontenancée parce qu’il avait fait du stop pour venir, plus d’une heure et demie entre marche et transport, je saluais son opiniâtreté.

 

Kévin et moi avons travaillé pendant plus de trois semaines à la rénovation du couloir. Il se chargeait des travaux de ponçage, rebouchage, montage démontage, posait les premières couches et quand il n’était pas  là, je continuai seule. Bien que contrariés par les difficultés à se déplacer, grâce à son aide, je pus voir le bout de ce couloir avec soulagement.

 

Nous sommes dans des représentations très différentes, nos goûts sont aux antipodes (pas facile d’écouter nos musiques réciproques, et que dire de nos alimentations à des années lumières hihi !), nos vies sont si éloignées l’une de l’autre, et pourtant, nous nous sommes croisés, nous nous sommes rencontrés, fugacement,  authentiquement.  

 Certes, le plafond n’est pas fait, certes ses grands projets très généreux pour la salle de bains, les placards, le salon, les toilettes , les planchers resteront lettre morte, certes il se laissa rapidement gagner par sa nonchalance et sa révolte de 17 ans, je lui reste néanmoins reconnaissante d’avoir été là, pour rien alors que nous étions des inconnus à son arrivée.

Il s’étonnait de ma capacité à garder le sourire et mon sens de l’accueil malgré toutes les adversités. Peut- être ai- je pu lui apporter quelque chose ?


Bon vent Kévin, parce qu’on n’est pas sérieux à 17 ans, n’est- ce pas ?



Publié dans : C'est la vie qui va
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